- Déployée cet été à Bruxelles comme solution de secours souveraine, l'application Element Pro essuie les critiques de fonctionnaires européens qui en pointent l'opacité et le manque d'ergonomie.
Ce qu’il faut savoir
La Commission européenne a déployé cet été Element Pro, une application de messagerie et de visioconférence hébergée sur ses propres serveurs, destinée à remplacer Microsoft Teams en cas de perturbation. L'information, rapportée par Les Numériques, s'appuie sur des messages internes rendus publics par Politico.
Sur cette messagerie interne, plusieurs agents ont exprimé leur mécontentement. L'un qualifie l'outil de « merde absolue », un autre estime que si Washington décidait de couper ses technologies, les États-Unis « gagneraient instantanément la guerre ». Un quatrième défend Element Pro en ressortant le sobriquet « Microslop » visant Microsoft. Aucun ne détaille toutefois les problèmes concrets, que ce soit sur l'ergonomie ou la qualité des appels.
Element Pro succède à Signal dans le rôle de solution de secours. La Commission jugeait l'application de messagerie trop rigide pour une administration de sa taille. Element Pro s'en rapproche fonctionnellement : discussions à gauche, salons thématiques, messages vocaux, partage de fichiers et visioconférence intégrée. Le logiciel, développé par la société britannique Element, repose sur Matrix, un protocole ouvert et décentralisé utilisé également par Tchap, la messagerie de l'État français.
L'enjeu de souveraineté numérique est clairement exposé dans un mémo interne : disposer d'un contrôle accru sur les données et les systèmes pour réduire les risques. Avec Element Pro hébergé en interne, aucune entreprise américaine ne détient les échanges de la Commission, ce qui écarte le levier du Cloud Act, loi de 2018 autorisant Washington à exiger des entreprises américaines les données qu'elles détiennent, même en Europe.
Un précédent éclaire cette prudence : en 2025, après les sanctions de Donald Trump, le procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan a perdu l'accès à sa messagerie Microsoft. La CPI a depuis basculé vers la suite allemande openDesk. Devant une commission d'enquête du Sénat américain en juin 2025, Microsoft France a reconnu ne pas pouvoir garantir que les données des citoyens français ne seraient jamais transmises aux autorités américaines sans l'accord de Paris.
Côté Microsoft, The Verge rapporte que Ryan Roslansky, qui dirigeait Office et Teams, quitte le groupe après près de dix-huit ans. Charles Lamanna reprend les équipes dans le cadre de l'organisation Copilot, Agents and Platform. Ce départ intervient une semaine après l'annonce du nouveau Copilot, présenté comme « le système d'exploitation du travail ».
Les détracteurs d'Element Pro à Bruxelles questionnent néanmoins la pertinence de ce nouveau système : « pourquoi la Commission a-t-elle besoin de ce nouveau système, et s'il fonctionne assez bien pour servir de véritable solution de secours », résume Politico. Teams reste l'outil principal de l'institution.
Chronologie
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Les Numériques · FR · Média
Actualité : "De la m*rde absolue" : l'alternative européenne à Microsoft Teams descendue en flammes par les fonctionnaires de Bruxelles
2 sources
Cette synthèse rapproche plusieurs sources et est présentée dans la langue de cette édition. Langue source : EN.